Du Tour de France à la Flamme Olympique

S01E07 – Arnaud Peyroles : Idéactif, du Tour de France à la Flamme Olympique

S01E07 – Arnaud Peyroles : Idéactif, du Tour de France à la Flamme Olympique

 

Une rencontre inspirante ! 

 

Dans ce nouvel épisode, Nicolas Guillermou part à la rencontre d’Arnaud Peyroles, fondateur de l’agence Ideactif. Retour sur une aventure qui existe depuis plus de 30 ans : de la création de l’agence à la célèbre caravane du Tour de France, en passant par l’organisation historique de la flamme olympique. 

 

Arnaud nous partage sa vision de l’événementiel en scénarisant la rencontre, en créant des émotions et en rapprochant les consommateurs des marques. Il nous confie également ses deux grandes passions, la course automobile et le poker, ainsi que le lien surprenant qu’il établit entre ces univers et sa vie d’entrepreneur.

 

Transcription de l’épisode

 

N.G : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le podcast Good Morning Event. Aujourd’hui, je suis avec Arnaud. Arnaud, bonjour.

 

A.P : Bonjour.

 

N.G : Tu t’appelles Arnaud Peyroles et tu es notre invité aujourd’hui car tu es le fondateur et président de l’une des plus belles agences événementielles parisiennes, Ideactif.

 

A.P : Ouais, ça commence bien ! En effet, je préside Idéactif depuis 32 ans.

 

N.G : 32 ans, c’était en 1992, je crois.

 

A.P : Exact.

 

N.G : Alors, j’ai cru comprendre que c’est à travers des rassemblements étudiants que tu as un petit peu eu ce goût de l’événementiel. Est-ce que c’est une légende ou est-ce que c’est la vérité ?

 

A.P : C’est la vérité. Ce n’est pas la seule inspiration. En fait, en même temps que ma participation active au mouvement étudiant des années 80, J’organisais aussi des événements pour des galeries d’artistes qui exposaient des artistes. Donc en fait, j’ai tout de suite été impliqué dans l’organisation d’événements de toute forme, de toute sorte, avec un vrai, vrai gros penchant pour le grand public. Je dois dire que les émotions que j’ai ressenties quand j’ai participé à l’organisation de ces mouvements étudiants m’a laissé un souvenir assez extraordinaire.

 

N.G : Et en 92, tu fondes Idéactif ? Qu’est-ce qui te lance à créer finalement ta propre agence événementielle ?

 

A.P : En fait, cette appétence pour l’événementiel. À une époque où il n’y avait vraiment la place, pas de filière, pas de voie royale. Quand on s’intéresse au parcours des gens de ma génération qui ont créé des boîtes événementielles à cette époque-là, ils organisaient des galas étudiants, des soirées, des rallies pour certains d’entre eux. En fait, on est tous arrivés dans ce métier par les chemins de traverse, presque, par hasard, parfois.

 

N.G : Alors, ça va être dur de tout résumer en un podcast ces 32 années. Mais est-ce que tu peux nous raconter ce que c’était Ideactif au début ? Tu démarres tout seul, tu t’entoures rapidement ?

 

A.P : Alors, au début, on était cinq, y compris les stagiaires, enfin le stagiaire d’ailleurs, petit effectif. Le point de départ, ça a été la fête de la jeunesse de la ville de Paris, qui a été un événement grand public, majeur, dès le départ. Qui consistait à proposer aux jeunes parisiens, la mairie mettait à disposition des jeunes parisiens les moyens d’exprimer leurs envies, leurs projets artistiques, sportifs, de performances, d’expériences. Et donc, on avait en fait plus de 600 ou 700 projets qui étaient mis en scène dans une centaine de lieux. Ça touchait 300 000 personnes. Et ça a duré cinq ans, cette aventure, qui a été très, très suivie par les médias, notamment. Puisqu’à l’époque, il y avait une émission qui s’appelait 24 heures sur Canal+, qui avait été dithyrambique sur le sujet. Ça a été vraiment le point de départ. Et ça disait déjà qui on était, qui on serait. Donc, ce qu’on est devenu dans l’événementiel grand public.

 

N.G : Quand tu parles de qui on est, très clairement sur le site d’Idéactif, par exemple, on retrouve cette notion de générer des émotions. Est-ce que c’est quelque chose qui est un peu le fil rouge de l’agence au fil des années ?

 

A.P : En fait, ce qui caractérise les événements, c’est en effet le potentiel émotionnel que ces événements ont en eux. C’est-à-dire que rassembler des gens, ça génère des émotions. Alors ce n’est pas forcément nous qui les générons. Nous, on est plutôt là pour que les marques, les institutions tirent leur épingle du jeu dans ces grands événements, soit qu’elles organisent, soit qu’elles participent. L’émotion, en effet, c’est la matière première de notre métier. C’est ce qui caractérise la qualité du lien social. C’est en effet le lien social, les émotions. En plus, dans un monde qui est de plus en plus digital, où le digital guide énormément de nos choix, de nos décisions, cette notion de rencontre, de lien social et l’émotion que ça dégage devient particulièrement précieux.

 

N.G : Tu me tends la perche parce que moi, je suis dans l’événementiel depuis bien moins longtemps et finalement, j’ai démarré directement avec le digital. Mais quand on démarre en 92, le digital est absolument peu présent, finalement, même dans la vie professionnelle au quotidien. Comment tu as vécu, toi, ces évolutions-là, à la fois dans l’interne, dans l’organisation, et puis dans l’externe, effectivement, la demande du client ?

 

A.P : Alors, en fait, moi, par rapport au digital, j’ai un sale défaut. C’est que j’ai un tempérament d’accélérationniste. C’est-à-dire que je vois le côté positif du truc. Tu vas entendre beaucoup de gens critiquer les réseaux sociaux, l’abus du digital, etc. Moi, je n’y vois qu’une majorité de vertu. C’est enthousiasmant de vivre ça. Parce qu’en fait, à l’époque où nous, on démarre, Il y a les grands médias, des médias locaux et c’est tout. C’est-à-dire que… On en est au balbutiement du marketing direct, parce que les premiers PC, la micro-informatique, commencent à occuper le terrain, donc permet des maniements de bases de données qui étaient limités avant à des ordinateurs énormes. Donc on commence à pouvoir avoir une action quantifiable et quantifiée et volumétrique dans le contact direct avec le public. Mais c’était vraiment les balbutiements. Donc à cette époque-là, quand tu organises un événement, tu avais un vrai sujet. Comment le faire savoir ? Aujourd’hui, ça se propage. Ça se propage assez simplement. Il faut prendre conscience de ça. C’est encombré, c’est vrai, parce que les réseaux sociaux sont ultra encombrés. Mais tu as la possibilité de faire savoir beaucoup plus facilement qu’à l’époque. Voilà comment j’ai vécu l’arrivée du digital. Plutôt comme un allié de ce qu’on fait que comme un problème ou un problème en parasitage.

 

N.G : C’est un moyen finalement pour relayer ce que les gens ont vécu de l’intérieur à d’autres qui n’ont pas eu la chance de le vivre sur un événement et de rebondir au-delà même de l’événement finalement ?

 

A.P : Alors c’est un moyen déjà comme je disais, de sensibiliser et de contacter ta communauté ou tes communautés. Ensuite en effet il y a à l’époque on appelait ça l’effet de rumeur mais en fait aujourd’hui sur un événement, alors après parfois ça prend des dimensions caricaturales, c’est-à-dire que des gens qui sont à un événement passent leur temps à filmer avec leur téléphone Des images,dont je ne sais pas, une fois sur deux, ils ne les regarderont plus jamais. Mais le truc, c’est absolument de vouloir mémoriser le truc. Bon, bref. Mais ça a un intérêt, c’est que ça met des signes et des indicateurs, des marqueurs très forts sur le fait que ça se propage. C’est-à-dire qu’en fait, déjà à l’époque, nous, on savait que quelqu’un qui participe à un événement va en parler autour de lui et que c’est un des éléments, un des actifs très forts de l’événement. C’est cet effet de rumeur. Bon, maintenant, la rumeur, elle est immédiate. Ça se propage immédiatement. Donc voilà, en gros, c’est ça, c’est le deuxième élément. Puis le troisième élément, c’est qu’en effet, derrière, ça construit l’actif, ça marque les mémoires, ça diffuse. Et c’est un élément très fort d’engagement pour les marques, pour les institutions.

 

N.G : Quand on pense Idéactif, on pense, en tout cas de mon côté, on pense en premier lieu Tour de France. Je ne sais pas si c’est un raccourci qui est bon, qui n’est pas bon. Est-ce que pour toi, il y a vraiment ce lien très très proche entre Idéactif et Tour de France ou est-ce que c’est trop réducteur finalement par rapport à tout ça ?

 

A.P : C’est les deux, c’est un lien très très proche et ça se réduit pas à ça. Le Tour de France c’est 20% de notre chiffre d’affaires donc 20% on est content de les avoir. Le Tour de France qui est génial, c’est que c’est alors vraiment un terrain de jeu fabuleux parce qu’on peut à la fois engager une relation extrêmement intense avec les gens, très forte entre le public et les marques et puis c’est de la grande échelle. C’est-à-dire que c’est… 10, 12, 14, 15, 16 millions de spectateurs en fonction des éditions. Ça a une puissance folle. Et donc, ce n’est pas par hasard que les marques sont fidèles au Tour. C’est que c’est un outil ultra puissant. Parce qu’en fait, on va aussi revenir sur ce petit point de détail. Mais le Tour de France, c’est une rencontre à grande échelle entre le public, les marques, les athlètes. Et il n’y a pas plus fort qu’une rencontre. C’est le média absolu numéro un, c’est la rencontre. Donc quand on arrive à la fois à avoir cette intensité et ce volume, c’est gagnant, c’est gagnant. Donc c’est ça. Alors ensuite, et c’est vraiment l’élément central, en gros, c’est travailler sur cette rencontre. Donc le tour, c’est ça. Donc oui, le tour, c’est très important pour nous, évidemment, mais pas que.

 

N.G : Ça démarre quand et comment le Tour de France avec Idéactif ?

 

A.P : Ça n’arrête jamais.

 

N.G : Non mais je veux dire, en quelle année ? Et comment est-ce que finalement on se retrouve comme ça, sur le tour.

 

A.P : On se retrouve sur le tour parce qu’en fait, en 2001, on avait, en fait, depuis 97, on accompagnait la marque Perrier et on avait créé le Perrier Bubble Tour, qui était une campagne massive de rencontres entre la marque et ses publics, parce que la marque, à l’époque, était perçue comme trop froide, avec une fréquence d’achat qui baissait, avec un vieillissement, donc il fallait absolument rajeunir, dynamiser. Et donc, on avait créé un concept qui était le Perrier Bubble Tour, et qui faisait le tour de toutes les plages françaises, et on a rencontré des millions de gens avec cette campagne, et qui a été un succès vraiment très intéressant, parce que c’est ce qui caractérise l’événementiel, c’est qu’il y a une valeur d’usage qui est supérieure à la valeur d’image. Pour être concret, ça veut dire quoi ? C’est beaucoup plus efficace que ça n’en a l’air. Et encore maintenant, c’est vrai ce qui est… Donc plutôt le signe qu’on n’a pas toujours été très bon dans le fait de promouvoir notre activité, tellement les résultats sont forts quand les campagnes sont bien développées. C’est-à-dire qu’on a un mode opératoire, une expérience qui est top et qui peut se dupliquer à grande échelle. Là, c’est vraiment gagnant pour les marques. Donc, on fait cette campagne du Perrier Bubbles Tour en 97, 98, 1999, on accompagne Perrier. Et donc Perrier appartient à Nestlé Waters. Nestlé Waters a le projet de lancer une nouvelle marque d’eau qui s’appelle Aquarel, qui est une autre source, marque européenne. Le lancement pub avait été pas génial l’année d’avant. Et ils prennent la décision, et c’est Hubert Genieys qui prend cette décision, de dire voilà, on va faire le Tour de France et on va interroger Idéactif. Donc, il faut savoir qu’à cette époque-là, moi, le tour, je l’avais vu passer deux fois devant chez moi quand j’étais gamin. Et j’ai envoyé les stagiaires à la FNAC. À l’époque, il n’y avait pas Internet. C’était des balbutiements. Ce n’était pas comme aujourd’hui. J’ai envoyé les stagiaires à la FNAC acheter des bouquins en disant, mais trouvez-moi des photos de caravanes publicitaires que je vois comment c’est foutu. Parce qu’on ne passe pas pour des quiches quand on va répondre. Et donc, on est vraiment parti là-dessus. On n’avait jamais travaillé sur le tour et on a remporté la compète. C’est comme ça qu’on est rentré sur le tour. Et on est rentré sur le tour avec comme conviction qu’il fallait préserver cette interactivité, cet échange très fort avec le public, en créant des personnages très charismatiques, très singuliers, qui servaient le concept de l’époque. On s’est beaucoup appuyé sur des comédiens de théâtre de rue et sur des circassiens, dont on scénarisait la prise de parole, et on a fait rouler des bouteilles géantes. Donc là, pareil, c’était un défi technique. Pour nous, à l’époque, c’était assez casse-gueule. À trois jours du départ, on n’avait pas réussi à monter la moitié des décors en trois heures de temps de préparation. C’est bon, on va analyser tout ça. Et trois jours après, on y est arrivé quasi miraculeusement. Et puis bon, ça a fait la blague après.

 

N.G : C’est la magie de l’événementiel, ça.

 

A.P : Oui, c’est ça. Donc voilà comment on est rentré sur le tour.

 

N.G : Et depuis, ça s’est démultiplié, puisque vous avez tous les ans plusieurs caravanes, plusieurs marques sur la caravane.

 

A.P : Oui, cette année, on va partir avec 9 partenaires. En fait, le Tour est un des terrains d’application de notre ADN. Notre ADN, c’est vraiment scénariser la rencontre. C’est à ça qu’on sert. On sert à scénariser les rencontres entre les marques, les institutions et leur public. Donc le Tour est un terrain de jeu fabuleux et pour ce faire, on a organisé tout le travail autour de ça en ayant aussi verticalisé. C’est-à-dire qu’on ne se contente pas de conseiller, créer, mais aussi on produit. C’est-à-dire qu’on a 15 000 m² d’ateliers dans le Loiret où on donne vie à nos idées. On a un hub événementiel qui est un vrai lieu d’assemblage, qui permet de relever des vrais défis techniques, d’être rapide, d’être économique, d’être super RSE. C’est cet ensemble qui nous permet aujourd’hui d’accompagner 9 marques comme on va le faire cette année.

 

N.G : 9 marques, ça fait plusieurs dizaines de véhicules, des centaines de personnes ?

 

A.P : Oui, c’est ça. Probablement entre 250 et 300 personnes qui tous les jours se déplacent, se logent, travaillent, cohabitent. Et ça fait probablement, en termes de véhicules purement événementiels, une cinquantaine de véhicules événementiels.

 

N.G : Avec tout ce qui est assistance, réparation, entretien.

 

A.P : La totale, oui, la totale. C’est-à-dire que c’est les joies du live. C’est-à-dire que le live, c’est simple, ça joue ou ça ne joue pas. Mais on ne refait pas la prise. On n’a pas le temps, il n’y a pas de montage, ça joue direct. Et en plus de ces difficultés-là, il y en a une autre qui est le déplacement, c’est qu’on fait 300 bornes par jour. Donc en fait, c’est une expertise à part entière.

 

N.G : Il y a la transition pour aller du lieu de l’hôtel jusqu’au point de départ. Il y a toutes les étapes, il y a la transition du soir. Et parfois même, il y a des chemins B, parce que certains véhicules ne peuvent pas emprunter toutes les routes sur les cols et choses comme ça. Donc il y a une énorme logistique à prévoir.

 

A.P : C’est un monde de contraintes à surmonter. Mais c’est ce qui rend le métier… Moi, j’aime bien ça. Et ici, les gens apprécient. Ça fait aussi partie du défi qu’il faut relever. Et en fait, ça fait l’objet d’une préparation minutieuse. En fait, quand je disais tout à l’heure, parce que je n’avais pas compris la question, que ça ne s’arrête jamais, c’est que le tour, c’est 365 jours par an. Ça se prépare longtemps, longtemps, longtemps à l’avance. Et puis, comme toujours dans le live, on est confronté à des imprévus. La formule n’est pas de moi, mais quand on a un plan ou une stratégie, les plans sont faits pour être modifiés, c’est ce qu’on fait quand même. Maintenant, il faut, si possible, éviter d’avoir à tout changer au dernier moment tout le temps, parce qu’à un moment donné, si c’est mal pensé, on est battu. Donc en fait, il y a une tolérance sur l’adaptabilité, mais pas tant que ça. Il faut arriver à combiner ça. C’est un métier à part entière. C’est un métier qui est très particulier, l’événementiel. Quand tu y réfléchis un tout petit peu, on te demande non pas de deviner l’avenir, mais de le planifier, de planifier l’avenir. Et c’est contractuel. Tu dois dire à la minute presque ce qui va se passer pour des milliers d’interactions. Je veux dire, que ce soit un événement sédentaire, c’est pareil dans le corporate, il faut juste s’en souvenir. C’est extrêmement difficile de sécuriser, de fiabiliser et de réussir.

 

N.G : Et on n’a qu’une prise, donc on ne peut pas rater.

 

A.P : Ah ben non, c’est clair. Tu dois avoir un sens de l’adaptation aux circonstances. Je nous ai souvent définis comme des architectes urgentistes. C’est-à-dire, tu as vraiment la conception. Et ça ne rigole pas. C’est-à-dire que vraiment, il faut être vigilant sur le maximum de facteurs. Et puis, tu as un orage de grêle qui s’abat sur dix véhicules qui rentraient de l’étape. Tu as dix véhicules à refaire. Comment tu vas sauver Willy dans la nuit qui précède le départ de l’étape du lendemain ? On est payé pour ça.

 

N.G : Et toi, sur les Tours de France, au bout de 20 ans, ton rôle, ton positionnement finalement, est-ce que tu es encore dans un véhicule, est-ce que tu prends un peu de hauteur ? Est-ce que tu fais tout le Tour de France ? Est-ce que tu cibles certaines étapes principales ?

 

A.P : Alors, ça dépend des éditions. Je suis très bien entouré. Les équipes ici sont très, très, très efficaces. Aujourd’hui, je peux ne pas mettre un pied sur le Tour de France, et pour deux raisons. La première, c’est que les équipes sont autonomes, efficaces, responsables. La deuxième, c’est que… je pense qu’en trois mots, je peux me représenter, quand je reçois trois mots d’un coup de fil d’un interlocuteur, d’un membre de mes équipes sur le tour, je vais pouvoir me représenter la situation de là où il est et du contexte, et donc je vais pouvoir interagir avec lui parce que j’en ai quand même fait beaucoup, beaucoup, beaucoup. Donc j’ai en effet aligné pas mal de kilomètres. Et puis bon, le dernier truc, c’est que moi, l’événement itinérant, les grands rassemblements populaires, cette espèce de fusion un peu passionnelle qui peut envahir le public du tour, notamment sur des étapes de légende, c’est mon kiff. J’adore ça. Je veux dire, je ne m’en lasse pas. C’est ce que je leur dis d’ailleurs tous les ans. C’est comme si un Tour de France c’est une traversée de l’Atlantique. Et ce n’est pas parce qu’on l’a déjà fait que ça va être à chaque fois pareil. C’est à chaque fois différent et à chaque fois ça prend aux tripes.

 

N.G : Alors tu parles de passion. Tu es quelqu’un qui est connu aussi pour ses passions. Il y a eu le pilotage, le poker également. Est-ce que tu fais du lien entre ton métier et ses passions ? Ou est-ce qu’au contraire, c’est un moment pour sortir et un moment rien qu’à toi ?

 

A.P : C’est les deux. C’est-à-dire qu’à l’époque où je faisais de la course auto, où j’étais vraiment déjà totalement engagé dans le projet entrepreneurial, ce qui était fascinant, c’est que quand tu prends le volant d’une caisse de course, c’est une boîte de ferraille, alors pas du tout insonorisée, voire hyper sonorisée. Donc ça fait un boucan d’enfer. C’est brutal, c’est violent. Tu t’assieds là-dedans, tu as un moteur de 600 chevaux qui pousse et une caisse qui demande que à se mettre en tête à queue, au moins sur les 300 premiers mètres que tu fais parce que tes pneus, ils ne sont pas du tout adaptés. Il faut les chauffer, être super minutieux. Bon bref, ce qui est dingue, c’est que quelque soit la situation professionnelle dans laquelle j’ai été, au bout de 300 mètres, Tu ne penses plus qu’à une chose. C’est ce que tu as à faire, c’est piloter. Donc ça, c’était génial. Et puis l’autre élément, c’est que j’ai énormément puisé dans l’expertise, dans le degré d’exigence de la course auto, qui est une école de performance. En course auto, la seule chose qui t’intéresse, c’est de gagner. Autant te dire que c’est assez souvent frustrant, parce qu’il y en a qu’un à la fois, et que généralement, tu te bats contre des gens qui sont très bons. Bon, donc, mais… l’école de la performance et de la gagne. Et alors, s’il y a bien un milieu où tu apprends la pratique au quotidien de la résilience, c’est-à-dire que tu peux avoir des gens qui ont préparé une caisse tout l’hiver minutieusement, le pilote prend le volant, au bout de deux virages il l’a foutu dans le rail, et il faut qu’elle roule pour l’après-midi ou qu’elle roule pour le lendemain, et là, c’est un autre monde. C’est comme on fait, c’est Apollo 13, quoi, en fait. Donc, évidemment que ça, je m’en suis incroyablement beaucoup inspiré. Et c’est ce qui m’a mis d’ailleurs en confiance dans l’idée de créer mes propres ateliers. Parce que je l’ai fait avec des gens qui venaient de la course auto. Et en fait, l’approche événementielle dans sa conception, dans son exploitation, se rapproche beaucoup de la course auto. C’est-à-dire une contrainte de temps et de précarité permanente, des conditions de travail pas drôles, avec une nécessité de qualité qui est… Bon, t’as peu le droit à l’erreur.

 

N.G : Il faut être prêt le jour J, à l’heure H.

 

A.P : Ah non, mais oui, quand ça part, ça part. Oui, bien sûr.

 

N.G : Et le poker également du coup ?

 

A.P : Alors le poker c’est autre chose. Le poker, donc moi j’ai piloté 20 ans, donc bon bref, j’ai eu une carrière, je suis pilote amateur, enfin je veux dire, j’ai eu un statut de sportif de haut niveau à une période où on était 24 sur 80 000 licenciés. Donc bon, en fait, inespéré pour moi comme parcours. Vraiment, j’ai adoré ça, c’est-à-dire que j’ai passé 20 ans de ma vie à ne pas imaginer la vie autrement qu’en pilotant. C’est une drogue dure c’est ce que je qualifiais d’addiction vertueuse addiction au sens où c’est une époque où si on m’avait dit tu vas piloter tous les jours, je serais allé piloter tous les jours mais vertueux pourquoi ? parce que ça nécessitait énormément de travail pour être performant, énormément de travail et puis on trouve toujours meilleur que soi et on apprend à aimer la victoire davantage que soi-même c’est à dire que il y a un moment donné où tu es conscient du fait que de toute façon tu es limité, que tu fais face à des événements qui te dépassent, mais que bon avec un tout petit peu de réussite et de concentration et en gardant tes nerfs tu vas arriver à tirer parti de situations qui vont te mettre en situation de gagner, il faut gagner donc c’est une culture de la gagne aussi qui est incroyable. Bon alors une fois que tu arrêtes ça c’est bien, mais il manque un truc quoi, c’est à dire que t’es en manque total quoi et moi j’étais en manque d’adrénaline c’était franchement c’était compliqué Et j’habitais dans un quartier de Paris, où j’habite toujours, où sur les quatre points cardinaux, à un kilomètre de chez moi, il y avait un club de poker. Donc, on était en plein boom du poker sur Canal+, avec Bruel qui présentait les grands tournois. Tu te demandais, mais qui sont ces mecs ? Tu mélangeais les jetons qu’ils présentaient, les montants qu’ils présentaient, en disant, mais quoi, c’est vraiment des vrais dollars ? Bref, j’étais dans l’espèce de fantasmagorie générale autour de ça. Et puis bon, bref. Je me suis mis au poker et au poker de tournoi. Le cash game ne m’intéresse pas. Le poker de tournoi m’a beaucoup intéressé parce que c’est vraiment la quintessence de la compétition. Et j’ai toujours considéré le poker comme une sorte d’art martial du business. C’est-à-dire que ça te fait travailler trois éléments. Le premier élément, c’est la technique du jeu, les probabilités, ce qui est quand même la base. C’est-à-dire que c’est comme tout. Il y a toujours beaucoup de techniques dans l’expression même des idées, du talent. Il y a toujours beaucoup de technique. C’est un point qui doit être travaillé. Les pros sont des mecs qui sont hyper techniques au poker. Il y a une connaissance du jeu qui est incroyable.

 

N.G : Pour ceux qui ne connaissent pas, on pourrait faire un peu le parallèle avec les échecs. Il faut avoir une maîtrise complète de tout, mais il y a une partie aléatoire, une variance qui rentre en plus au poker.

 

A.P : Je suis OK pour la comparaison avec les échecs sur la partie technique. parce qu’en effet, il y a une granularité qui nécessite énormément de travail. C’est-à-dire savoir quelles mains ouvrir pour les gens qui savent jouer au Texas Hold’em. En fonction de ta position, il y a des mains que tu peux ouvrir, d’autres pas. La manière dont tu vas miser, etc. Et c’est sans fin. Puis ensuite, le flop va arriver. De quoi est fait ton flop, etc. On ne va pas parler de ça là maintenant, mais c’est juste pour situer le niveau de complexité sur lequel on doit avancer. Le deuxième élément. C’est la connaissance de l’autre. En fait, l’idée, c’est de battre l’autre. Ce qui est important, c’est comme dans une négo professionnelle ou même une vente, il faut se mettre à la place de l’autre. Donc, ça développe l’empathie. Et ça fait vraiment, vraiment travailler sur la lecture de l’autre et sa connaissance, l’historique de la relation, de ce qui s’est passé, etc. Et en ce sens-là, c’est un très, très bon entraînement pour énormément de situations professionnelles. Et puis, le troisième élément, c’est comment je vais gérer mon image. qu’est-ce que je vais représenter comme jeu que j’ai ou que je n’ai pas pour arriver à gagner le coup. Puisque le seul but au poker, c’est comme en course en fait. L’important, c’est de gagner la course. Au poker, l’important, c’est de gagner le coup, de gagner le tournoi. Le reste, on s’en fout. L’esthétique, etc. Oui, il faut être éthique, il faut avoir un comportement, un style et tout ça. Mais globalement, c’est ça qui compte. Et ça, ça repose beaucoup en fait sur le point central, c’est qu’est-ce que tu représentes comme jeu. Et ça aussi, ça se travaille. Et donc, ces trois éléments, tu les appliques au business, tu te rends compte qu’en fait, que c’est une école, c’est vraiment un art martial du business. Arriver à travailler son image pour être attractif ou pour faire passer tes idées, c’est un enjeu central. Bon, puis pareil. Et donc, en effet, la même chose, c’est quand tu arrives en phase finale d’un tournoi, tu ne penses qu’à ça, tu ne penses plus à rien d’autre. Et tu as besoin de vacances dans l’esprit quand même, quand tu es patron de boîte.

 

N.G : Sur l’attractivité, on l’a compris, l’idée active est particulièrement attractive pour la caravane du Tour de France. Et en fait, vous avez aussi été sur, non pas la caravane, mais sur le relais de la flamme l’année dernière. Comment est-ce que ça s’est fait ? Est-ce que c’était une sorte de suite logique ? Est-ce que ça a été au contraire une compétition très dure à remporter ?

 

A.P : Les deux. La suite logique, c’est qu’on était dans notre terrain de jeu. Déjà, moi, j’avais annoncé, écrit d’ailleurs, j’ai écrit un bouquin sur l’événementiel et sur le grand public. En effet, le parcours de la flamme, si la France avait des JO, c’est un sujet sur lequel j’aimerais beaucoup qu’Ideactif puisse collaborer. Bon, il s’avère que concours de circonstances favorables, c’est aussi ça. C’est qu’on a un client historique qui était le groupe BPCE, Banque Populaire Caisse d’Épargne, qui s’est avéré être grand partenaire et parrain du parcours de la flamme. Donc, en fait, il a fallu quand même batailler ferme. Donc là, je ne vais pas m’étendre sur les bastons d’arrière-cours et les manœuvres et en fait comment t’arrives à te glisser bon je dirais dans une histoire où t’es pas invité en fait au départ mais il y a quand même un moment où c’est écrit dans le brief que compte tenu de la légitimité de la compétence qui est la nôtre sur les grands événements itinérants, on recommande aux concurrents de l’appel d’offres de faire appel à nous pour les accompagner donc bonne idée qu’il y a eu Auditoire Cyril Giorgini mais en passant un coup de fil en disant Arnaud … on aimerait beaucoup que tu nous accompagnes sur… Bon voilà, donc on a en fait coproduit la réponse et on a gagné ensemble l’appel d’offres BPCE pour en fait l’animation, l’activation, la mise en scène de tous les actifs de banques populaires caisses d’épargne, BPCE, Nadexis, etc. sur le parcours de la flamme.

 

N.G : Il y a eu encore des millions de personnes qui ont assisté à ça.

 

A.P : Oui, c’était… Alors, autant sur le tour  tu as quand même des repères, parce que ça a lieu tous les ans, c’est un rendez-vous, il y a cette rémanence, c’est une institution, c’est culturel. Le parcours de la flamme, c’est une fois tous les 100 ans, peut-être tous les 50 ou tous les 60, mais bon. Donc c’est complètement inédit. Et en fait, le format qui a été choisi par le COJOP pour définir son projet de parcours de la flamme, c’était des segments où on réunissait le public pour avoir et pour que la flamme se déplace à la vitesse d’une personne qui marche. C’était ça le point central, avec une résonance, avec les JO de l’Antiquité, etc. Et en fait, on s’est rendu compte que tu avais par jour 4 segments, sur un calendrier de 80 jours et un peu plus de 60 étapes, et sur 90% des segments, c’était plein de monde. Les gens, ils étaient… ravis, contents. Il faut se dire que on est entre 6 et 8 millions de personnes qui ont été rencontrées. Il faut bien se représenter que c’est le seul contact réel que l’immense majorité des gens ont eu avec les JO. À part la télé et à part les gens qui payaient leur place relativement chère à Paris pour voir des compétitions. Et au travers de toute la France, et puis il y avait des zones de célébration, l’arrivée, là où on allumait le chaudron. Pareil, en fait, le COJOP a demandé aux partenaires de prendre en charge l’animation, la scénarisation, le spectacle, etc. Parce que bon, probablement limite de moyens. Donc, génial, du coup, ça a permis de développer des concepts événementiels. Bon, et là, tous les jours, c’était blindé de monde. Et c’était, il n’y avait pas d’a priori, pas de certitude quand même. Mais en fait, tu te rends compte que les gens, si tu les sollicites, ils adorent ça, quoi. Le lien social, ce moment de liesse, de fête, de communion, les gens, ils en ont. besoin, ils en ont vraiment besoin et c’est donc super bien passé après toujours pareil, pas simple parce que là t’as une pression qui est peut-être un cran au-dessus de ce que t’as comme pression sur le tour parce que t’as moins d’éléments beaucoup plus visibles et beaucoup plus symboliques c’est-à-dire que très concrètement il y avait un cahier des charges qui limitait quand même à un char événementiel par marque, donc il ne peut pas être en panne. Donc tu vis dans un monde où tu as à peu près le niveau d’exigence de ce qui se passe à bord d’un avion, c’est-à-dire que l’avion ne peut pas tomber en panne. Parce que s’il tombe en panne, il tombe, donc les conséquences sont catastrophiques. Alors bon, nous, s’il tombait en panne, ça ne tuait personne. Mais je veux dire, c’était même pas possible d’avoir des temps d’immobilisation très longs. Donc, grosse préparation, grosse précaution, et puis avec un enchaînement de kilomètres qui était quand même monstrueux, il a fallu repenser tous les schémas logistiques, on a doublé quasiment tous les postes parce que les amplitudes d’horaires étaient complètement dingues, avec des transferts monstrueux, bon voilà, c’est tout à l’avenant quoi, mais bon c’est notre métier ça on sait faire.

 

N.G : Je peux en témoigner, j’étais sur La Baule moi, le jour de l’étape dans le 44, j’étais même aux côtés de tes équipes. En l’occurrence j’ai un ami à moi, Damien, qui était régisseur du coup, à qui je passe le bonjour. Et les équipes m’ont intégré, j’ai pu vivre un peu de l’intérieur avec eux. Alors pas la partie tournée finalement, mais la partie arrivée.La célébration. La dalle, la célébration, la ferveur sur site, les centaines, les milliers de gens qui faisaient la queue. toucher une flamme olympique, se prendre en photo avec, quand tu disais que c’était leur seul lien direct avec la flamme. Les gens, ils étaient émus d’avoir cet objet qui leur paraissait au début très lointain, et finalement de se dire, j’ai touché une flamme olympique.

 

A.P : C’est la procession de la Vierge, c’est un délire. Il y a quelque chose de spirituel qui s’est passé. C’est la symbolique qui est incroyablement forte. Et ce public, c’est un public très familial, très cool, ça fait même réfléchir. Enfin, je veux dire, sur les attentes profondes des gens. à quoi ils s’en remettent et à quoi ils veulent croire. Bon, voilà. Quand c’est de la flemme olympique, c’est plutôt sympa. C’est des bonnes valeurs. C’est aussi pour ça que c’est sympa. Et oui, Damien, dont tu parles, typiquement, deux équipes. Ça travaille en quinconce. Ça rigolait pas du tout. Montage, démontage, il pleut, il vente. On s’en fout, ça doit jouer.

 

N.G : Une belle expérience en tout cas et merci encore à toutes les équipes d’Ideactif qui m’ont accueilli ce jour-là.

 

A.P : Tu es le bienvenue.

 

N.G : J’en garde moi aussi un excellent souvenir. Et ça a lancé un peu finalement les JO. Est-ce que Ideactif a eu une place pendant les JO finalement auprès de certains partenaires ?

 

A.P : Alors oui, on a accompagné le Coq Sportif, on a accompagné FDJ sur des sites d’accueil de public. Mais pour être tout à fait concret, nous notre terrain de jeu c’était vraiment tout le parcours de la flamme. Et d’ailleurs je veux dire que c’était vraiment notre lancement des JO, c’était Marseille. Le 8 mai. Oui, le 8 mai. C’est là que tout est parti. Et bon, pareil, d’un claquement de doigt, quelles que soient les circonstances, tu dois être prêt. On l’a été. Ça a démarré direct sur les chapeaux de roue. Je crois pouvoir dire qu’on a été au rendez-vous chaque jour avec cette ferveur et cette intensité. Ce qui fait qu’après, oui, on a accompagné, on a eu des activations. Mais ça n’avait rien à voir avec ce qu’on a vécu. Donc en gros, tout ça aussi pour dire que ça, c’est le côté sympa du truc. C’est que quand tu assistes à la cérémonie d’ouverture, tu sais que c’est les copains qui prennent le relais, qui eux sont pression, alors eux, ils ont les deux doigts dans la prise à 380 000 volts. Puis pour tous ceux qui ont géré les JO sur des spots événementiels, on les a encouragés, vu travailler. Mais nous, l’effort était quand même derrière nous.

 

N.G : Tu as été assisté à quelques épreuves quand même ?

 

A.P : Non. Alors écoute, je vais être tout à fait honnête. Moi, j’ai fait ce que je rêvais de faire. C’est que les JO, je les ai vues devant ma télé en Bretagne. Et j’ai adoré ça. Adoré ça.

 

N.G : Et alors du coup, je me pose une question. Quand tu es, alors pas pour les JO, mais pour d’autres événements, quand tu es spectateur, que ce soit d’un événement sportif, d’un événement culturel ou autre, quel regard tu as ? Est-ce que tu arrives à être juste, entre guillemets, consommateur lambda ? Ou est-ce que tu as une sorte de déformation professionnelle où tu as… finalement presque du mal à profiter de l’instant, parce que t’es en train d’analyser tout ce qui se passe autour.

 

A.P : Alors en fait, quand tu vas voir Angus Young faire un solo de guitare avec ACDC au Stade de France et que t’es fan de ACDC, t’as beau avoir un regard pro, je t’assure qu’il y a un moment donné où t’es pris au trip et je l’assume pleinement. Enfin, je veux dire, bon, il y a une force dans l’événement qui dépasse tout. C’est-à-dire que, tu vois, c’est pareil, les gens qui étaient au Stade de France, moi j’ai assisté à des événements… J’ai eu la chance d’assister à la… Alors, c’est pas tout jeune déjà, mais… Alors qu’on bossait à fond sur l’événement qui était la Coupe du Monde 2007-2008 de rugby, on avait vraiment de quoi s’occuper. Je t’assure que quand t’es à Cardiff, dans le stade, et que tu vois l’équipe de France battre les All Blacks en quarte finale de la Coupe du Monde de rugby, mais t’en as rien à foutre de rien, t’es pris aux tripes et t’es en fusion totale. Et c’est ça que j’adore, moi. C’est qu’en fait… Tu as toujours cette espèce de dimension, c’est comme des éléments naturels. Tu n’es pas en représentation, en effet, tu es dans l’émotion et dans la communion, quand ça rigole, quand c’est sympa. Après, on en a perdu des matchs. J’étais aussi la semaine d’après contre l’Angleterre. C’était beaucoup, beaucoup moins drôle. Mais enfin, bref, ça fait partie du truc.

 

N.G : Alors, on a pas mal parlé de sport. Je crois qu’Ideactif a un lien très fort aussi avec la culture, les festivals.

 

A.P : Oui, absolument.

 

N.G : J’ai vu que vous avez organisé notamment un Ideactif Comedy Club la semaine dernière.

 

A.P : Yes ! L’Idéactif Comédie Club, c’est une vraie trouvaille des équipes commerciales. Il y a quelques années, on avait un comédien metteur en scène avec nous, qui nous a proposé d’organiser un événement chez nous avec des comédiens qui font du stand-up. Donc bon, il faut tout essayer dans la vie. Moi, je suis d’abord allé les voir dans leur petit repère là-bas à Montmartre. Ce qui est génial en plus, c’est que si tu veux quand… t’as affaire à des comédiens de stand-up, que t’es dans une cave où il y a, je sais pas, 50 personnes, t’es quand même un peu repéré. Bon, les mecs, t’es ciblé, tu te fais défoncer, mais c’est le jeu. Et c’était… Franchement, je me suis bien marré. Et j’ai dit, ouais, bien sûr, avec plaisir. Et donc, on a créé d’abord une première soirée dans notre lobby, ici à Clichy, où c’est quand même assez pratique de le faire, ce qui est quand même très bien. Et on a cinq comédiens, cinq jeunes comédiens qui sont venus. Et ça a été un succès direct, immédiat. Ça a pris immédiatement. Et ça a tellement bien marché qu’on en a fait une institution. On en fait deux, trois par an. Et c’est un rendez-vous maintenant qui est ultra prisé. C’est-à-dire qu’on refuse du monde.

 

N.G : Ça représente combien en jauge à peu près ?

 

A.P : Je ne sais pas, on doit être 120 ou 130 personnes là-bas dans le lobby, mais c’est surtout la qualité des gens qu’on fait venir. C’est-à-dire qu’en fait, tout ça a quand même comme ambition de créer un lien là aussi avec les annonceurs. Il faut se singulariser. Je crois qu’on est les seuls à faire ça. Cette singularité, on l’a et elle nous ressemble complètement. C’est ça qui est bien. Tu es dans de l’impro, tu es dans du talent, tu es dans une scénarisation de la rencontre. Tu l’embellis, tu l’auras un peu exceptionnel parce que tu fais marrer les gens. Ça n’a pas de prix aujourd’hui de faire rire les gens, surtout dans un contexte professionnel. Ça fait du bien. Ce n’est pas que drôle tous les matins nos métiers aujourd’hui.

 

N.G : Et ton métier dans les prochaines années, comment tu vois-il d’actif dans 5 ans, dans 10 ans ?

 

A.P : Dans 5 ans, dans 10 ans, probablement sans moi. C’est aussi d’ailleurs un exercice de style qui est intéressant. C’est de s’extraire un peu pour penser le système. Penser à la transmission, laisser aux gens la possibilité de s’exprimer, de s’engager, d’agir. C’est un vrai exercice de style. Là aussi, c’est quand même très technique parce que ça nécessite quand même des capacités organisationnelles. Il faut être assez complet quand on est chef d’entreprise. Ça ne pardonne pas, tu ne peux pas être qu’à peu près doué dans le métier que tu fais. Il faut aussi savoir compter, savoir manager pour que ça tienne. Il n’y a aucun miracle et ça ne repose que sur le fait de… travailler pour acquérir ces compétences parce que tout n’est pas inné non plus. Je veux dire, on peut avoir quelques qualités a priori, mais bon, il y a quand même énormément de taf. Bon, alors ce que je dis là est d’une banalité à hurler, ça fait bailler tout le monde, mais je vous confirme que c’est vrai. C’est-à-dire qu’entreprendre, c’est quand même beaucoup de travail. Mais la bonne nouvelle, c’est que le travail paye très, très souvent. Et pour que le travail paye très, très souvent dans ce métier, il faut juste s’assurer qu’il y a un marché, qu’il y a des gens qui ont besoin de vous suffisamment pour que le travail puisse se développer. Je ferme la parenthèse, mais en gros,Idéactif, aujourd’hui, l’ADN reste le même. C’est scénariser la rencontre, favoriser le lien social, accompagner les marques, les institutions, soit dans l’initiative de l’événement, soit dans l’accompagnement des grands événements. Et en fait, aujourd’hui, on n’a jamais été aussi mûrs. C’est-à-dire qu’on a vraiment trois axes de travail. Le premier, c’est d’aider les marques à trouver leur public et leur dire où les rencontrer. Et ça, c’est en fait une philosophie d’event planning. C’est-à-dire, en gros, il y a un réservoir d’événements dans ce pays qui est incroyable et qui est complètement méconnu. Enfin, si je te parle des Cerc volant de Berck, je ne suis pas sûr que tu connaisses. Pourtant, c’est une manifestation qui est incroyable, les  Cerc volant de Berck, où il y a 800 000 personnes qui viennent. Et c’est un terrain de rencontre pour les marques qui est fabuleux. C’est génial à voir. C’est vraiment… dans ce coin-là, tu as aussi l’enduro du touquet, c’est un autre genre, mais tu vois, les Cerc volant de Berck, tu as une dimension artistique, poétique, onirique, sportive aussi, ça a une valeur qui est démente, et ça offre des possibilités de rencontres, et de scénariser des rencontres entre les marques et leur public qui sont démentes. Ça, le faire savoir et permettre à des marques de planifier leurs interventions sur un terrain de jeu qui est en fait beaucoup plus vaste que ce qu’elles imaginent ou que ce qu’elles connaissent, Ça ouvre un marché. Puis ça rend service à tous ces mecs qui ont des initiatives dingues d’organiser des événements, parce que c’est pareil, organisateur d’événements, c’est quand même souvent casse-gueule et compliqué. Donc bon, t’as ce pôle là, renforcer tout ce qui est le planning stratégique, le conseil, la création, parce qu’en fait, l’événementiel, l’expérience, c’est un langage. Et c’est un langage qu’il faut maîtriser, il faut le ciseler, il faut écrire. Il faut écrire avec talent. Le talent, ça se travaille, ça se recrute. Donc, on se renforce beaucoup dans ce domaine-là. Et puis, le troisième point, c’est le hub événementiel dont je parlais. Donc, tu vois, c’est déjà demain parce qu’on travaille beaucoup en numérique sur tout ce qui est le travail sur les matières, l’acier, le bois. On a des imprimantes 3D grand format d’1m70 où on peut fabriquer des pièces. Bon, et ça permet de gagner du temps, faire gagner de l’argent à tout le monde. On a un système notamment… de covering, d’adhésivage, là on est très RSE, c’est-à-dire qu’on a réussi à intégrer des machines qui travaillent à l’eau, c’est-à-dire que c’est de la peinture à l’eau, on a sorti les solvants, etc. Donc bon, la dynamique c’est celle-là. Donc moi en fait, je suis extrêmement optimiste, je pense qu’on est sur un marché qui n’a pas… révéler tout son potentiel dans un pays et dans une région du monde où il y a énormément d’occasions pour les marques d’aller rencontrer leur public. C’est aussi le privilège d’être à peu près en sécurité. Il y a des pays où c’est beaucoup plus compliqué. Chez nous, on y arrive et sur un métier qui est très bien maîtrisé, il y a vraiment un vrai savoir-faire français sur le domaine. Ça, j’y crois vraiment beaucoup. Et sur le grand public, il y a énormément de choses à faire. Donc, je dirais que pour les actifs, l’avenir est radieux, partons du principe que c’est un métier qui est quand même très dur à faire au quotidien.

 

N.G : Alors tu nous as dit que tu allais passer la main peut-être dans quelques années, si d’ici là il y avait un événement, un seul, sur lequel tu voudrais intervenir, alors soit un événement réel qui existe déjà, soit même un événement qui n’existe pas encore, est-ce qu’il y a quelque chose qui t’inspire, ou tu te dis ça si je pouvais le faire d’ici à la fin de ma carrière, ce serait génial ?

 

A.P : Ouais, moi j’ai une idée, en fait il y a un truc qui manque, c’est un énorme carnaval, c’est un énorme carnaval, alors il faut savoir que… Et un énorme carnaval. Moi, je crois beaucoup à cette idée du Grand Paris. C’est-à-dire que Paris, j’adore. Moi, je suis d’origine auvergnate. Mais enfin, bon, j’ai grandi à Paris. Donc, voilà, j’ai mes repères. Je vis dans cette ville qui n’est pas toujours simple à vivre. Mais enfin, j’y vis très bien. Mais ouais, je pense qu’il y a un énorme carnaval. Mais en fait, d’ailleurs… dans l’esprit de choses qu’on avait fait, on avait fait des parades géantes pour la Ligue Nationale de Rugby en 2015 avec une batoucada géante qui avait traversé tout Paris pour terminer au Stade de France, avec un char, des danseuses brésiliennes, c’était le truc qui était complètement baroque mais assumé, mais c’est tellement festif, c’est tellement dément et moi ce que je pense c’est que c’est ce qui manque dans ce pays, le sport a souvent permis aux gens de faire une pause et de se rassembler, je dirais, dans un climat qui peut être un peu clivant parfois. Il faudrait la même chose sur le plan musical, festif. J’aime beaucoup cette idée des grands trios électricaux brésiliens où les artistes chantent sur des camions géants et mettent le feu au travers des villes et des cités. Voilà, moi, c’est ça que je rêve de faire.

 

N.G : Merci beaucoup, Arnaud.

 

A.P : Merci à toi.

 

N.G : Merci de nous avoir reçus. Et surtout, n’oubliez pas, dans l’événementiel, on n’a pas un métier facile, mais c’est quand même mieux que de travailler.

 

A.P : Bravo.